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Le corps ouvert




C'était autrefois, mais il n'y a pas tellement longtemps, dans un village près de la Ria de Santa Maria. Il y avait une jeune fille qui disait toujours à sa marraine:
-Non loin d'ici, marraine, il y a quelqu'un qui est « aux obscures ».
Au début la marraine croyait que sa filleule inventait des histoires. Mais comme la jeune fille persistait à dire cela tous les jours, elle alla avertir le curé. Celui-ci chercha bien dans tout le village qui pouvait bien être « aux obscures », mais il n'arrivait pas à trouver la personne dont parlait la jeune fille.
Un jour, cependant, comme il visitait l'une de ses paroissiennes, il vit celle-ci se troubler lorsqu'il lui demanda de réciter ses prières devant lui.
- Qu'as-tu donc, ma fille ? lui demanda-t-il.
- Il y a des gens qui meurent ici, répondit-elle, et ils sont tous « aux obscures ». Il faut leur donner de la lumière. Quand les gens meurent et qu'ils n'ont pas de lumière, ils s'en vont « aux obscures ».
Et, après avoir prononcé ces paroles, la femme tomba sur le sol, évanouie. Le curé fut effrayé de la voir ainsi. Il appela son vicaire et tous deux chantèrent des psaumes sur la femme inanimée. Alors, pendant qu'ils chantaient, des âmes quittèrent le corps de la femme et s'en allèrent. C'est comme cela que les deux prêtres s'aperçurent que la femme était un « corps ouvert ». Car un « corps ouvert », c'est quelqu'un en qui les âmes errantes peuvent se mettre sans que personne ne puisse s'en apercevoir. Tout le monde n'est pas un « corps ouvert », bien sûr, mais il y en a qui le sont parce qu'ils sont fragiles. C'est comme s'ils avaient reçu une blessure dont la plaie se referme difficilement. Les âmes s'y précipitent, et il y en a parfois beaucoup. Mais quand la plaie est refermée, les âmes ne peuvent plus sortir à moins que l'on ne chante des prières sur la personne.
Les deux prêtres cessèrent de chanter et dirent à la femme:
- Qu'est-ce que tu as ? Es-tu malade ?
- Je ne suis pas malade, répondit la femme, mais j'ai « le corps ouvert ».
Plus on la questionnait, plus elle parlait et plus les âmes sortaient. A la fin, elle ne dit plus rien, et les prêtres comprirent que toutes les âmes qui avaient été enfermées en elle étaient parties. La femme dormit pendant plusieurs jours, comme si elle était épuisée. Quand elle se réveilla, elle quitta la maison et s'en alla dans la montagne, et personne ne savait où elle trouvait un refuge.
Un jour, quelqu'un la rencontra. Elle cueillait des fruits sauvages et les mangeait. Elle était maigre et pâle, et elle paraissait effarouchée.
- As-tu été malade ? lui demanda-t-on.
- Oui, répondit-elle. J'allais très mal. Mais on ne m'a pas guérie, car j'ai le « corps ouvert ». Alors, toutes  les âmes qui sont "aux obscures" viennent se mettre en moi, et elles me font parler et chanter, ce qui est très pénible.
- Mais pourquoi ces âmes viennent-elles se mettre en toi?
- Parce qu'elles sont « aux obscures ». Elles sont privées de lumière et elles se manifestent en moi pour qu'on ne les oublie pas. Elles ont besoin de lumière et elles ne peuvent en obtenir que si on prie pour elles ou si elles peuvent faire du bien à ceux qui sont vivants. C'est pourquoi elles me disent de chanter et de dire ce qu'il faut pour guérir ceux qui souffrent. Mais personne ne veut m'écouter, et je ne peux guérir tant que ces âmes sont en moi, en  proie « aux obscures ».
On ramena la femme au village. Elle s'installa de  nouveau dans sa maison et les gens vinrent la trouver pour qu'elle pût leur dire comment se guérir. Elle a soigné ainsi beaucoup de personnes qui étaient malades. Et à chaque fois que quelqu'un était guéri, une âme s'en allait d'elle. Bien sûr, il y a des gens pour prétendre que c'est une bruxa. Mais je sais bien, moi, que ce n'est pas une sorcière : c'est un « corps ouvert » en qui les âmes qui sont « aux obscures » se mettent pour obtenir la lumière.
 
Ortigueria - récit recueilli par J.Vasconcellos, Revista de Guimaraes, 1884
Jean Markale, Contes & Légendes des Pays Celtes



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